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Bulles de plantes sauvages – et médicinales

Breuvages. Sacrément sauvages

Ça bulle et ça fermente

Le printemps venu, le « champagne des fées » envahit désormais les réseaux sociaux. Mais qu’est-ce qui nous a pris, à toutes et tous, de vouloir soudainement faire buller ainsi les fleurs de sureau?

Pourtant, rien de nouveau

Cette boisson fermentée n’est cependant pas une nouveauté. Loin de là, puisque ce type de fermentation fait même partie d’une pratique ancestrale de bière aux plantes et limonades naturelle.

Ce qui est récent, cependant, c’est le quasi-monopole du houblon, comme ingrédient principal de la fabrication de bière.

Et aussi (ou surtout): fabriquer des limonades en mélangeant de l’eau, du sucre, des arômes et du gaz carbonique, voilà surtout un héritage de l’après-Deuxième guerre mondiale.

Autrefois, les bières étaient plus diversifiées, et les limonades fermentées.

Jusqu’au Moyen-Âge, une diversité de plantes

En effet, comme le rappelle Sarah Baldwin, dans un article de synthèse intitulé « The Ancient Art of Herbal Beer and Wine »[1], ce n’est qu’au Moyen-Âge que les diverses plantes utilisées autrefois pour préparer bières et vin ont été pour la plupart écartées des compositions.

Jusqu’à cette période, on utilisait des plantes aussi variées que l’achillée millefeuille, l’armoise commune, le thym, le pissenlit, la menthe, la citronnelle, l’aubépine, la bruyère, la myrrhe, ou encore les branches de sapins.

Parmi les traces les plus anciennes de fermentations à base de plantes, on aurait retrouvé, sur des poteries chinoises datant de 9000 ans, des traces de riz, miel, raisin et aubépine.

Effets sédatifs du houblon

Mais comment, alors, expliquer une telle mise à l’écart des diverses plantes, à partir du Moyen-Âge? Selon les auteurs que cite Sarah Baldwin, cette mise à ban serait en lien avec le protestantisme néerlandais.

Les religieux auraient en effet considéré que la consommation de boissons à base de houblon était moins problématique que certaines plantes excitantes, voire hallucinogènes.

En effet, le houblon a notamment des vertus sédatives. Ce n’est donc pas uniquement la consommation d’alcool qui donne un effet relaxant à la bière, mais aussi la plante elle-même et ses principes actifs.

En parallèle, il est fort probable que les avancées de la bio-chimie, durant la seconde moitié du 20ème siècle en particulier, ont également contribué à déconseiller l’usage de certaines plantes.

Des principes actifs pas si anodins

Ainsi, rappelons que les principes actifs des plantes sont loin d’être si anodins, a fortiori dans un contexte de fermentation.

En effet, consommer une bière, ou un « champagne des fées », implique bien plus qu’une simple infusion de plantes. Cela est dû à la fermentation elle-même, qui met en route des processus dits « enzymatiques ».

Avec ces processus enzymatiques, c’est le feu du vivant qui est mis en marche.

Or, du fait de ces processus, tout élément de la plante utilisée pour ces préparations devient beaucoup plus « bio-disponible ». Cela signifie, simplement, que le houblon sera ainsi d’autant plus sédatif qu’il est passé par la fermentation. Il en va de même pour toute autre plante utilisée, et ses principes actifs spécifiques.

Mais alors, faut-il arrêter avec le « champagne des fées »?

Je dirais, simplement, qu’il serait bon d’arrêter de réduire la consommation de ces boissons à leur dimension récréative. Je dirais, surtout, qu’il serait important de savoir les utiliser avec une conscience claire de leur potentiel médicinal. Ainsi que des risques qu’impliquent la consommation de certaines plantes, sous forme fermentée.

Cela est vrai de toute plante sauvage comestible que l’on consomme, car la plupart d’entre elles sont également de grandes médicinales. Mais cela est d’autant plus fondamental avec des préparations fermentées.

Ainsi, Sarah Baldwin elle-même, dans son article, évoque le cas d’un adjonction de noix de muscade dans un vin de plantes. Celles et ceux qui en consommèrent ne comprirent pas l’origine d’importantes hallucinations qui en découlèrent. Sans compter que cet ingrédient était régulièrement ajouté à un mélange similaire d’épices pour vin chaud, sans poser aucun problème.

Voilà pourtant un cas exemplaire de l’effet amplifié du principe actif d’une plante. La noix de muscade, en petites quantités et sans fermentation, est relativement anodine. Il en va autrement lorsqu’elle est consommée dans une boisson fermentée.

Des questions similaires se posent avec le millepertuis, dont les principes actifs sont connus pour atténuer l’efficacité de certains médicaments, ainsi que de la pilule contraceptive. De même des fleurs de cerisier, pommier, prunellier, ou autres arbres du genre prunus, dont les fruits sont riches en acide cyanhydrique, dérivés de cyanure.

Fermenter les plantes dans la conscience de leur dimension médicinale

Au final, c’est donc dans la conscience de cet effet médicinal amplifié que la préparation de boissons fermentées aux plantes prend tout son sens.

Lorsque le blues de l’hiver s’abat sur vous, consommez ainsi une limonade de verveine citronnée, pour prendre soin du cycle féminin, faites fermenter quelques brins d’achillée, et pour prévenir et soigner les refroidissements de l’hiver, prévoyez un peu de champagne des fées.

Allez, j’ai soif!

 

[1] Baldwin, Sarah, « The Ancient Art of Herbal Beer and Wine », The Herbal Academy, 2017.

PS: une chronique radio, diffusée dans l’émission « Côté Jardin » de la RTS est également disponible.
>>> vers la chronique radio.

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