Le millepertuis n’aura pas fleuri au solstice d’été

Vérification faite, le millepertuis n’est pas encore en fleurs.

Du moins pas au Mt-Pèlerin, au-dessus de Vevey, dans le lieu où j’aime aller le récolter aux alentours du 21 juin, à environ 750 mètres d’altitude.

Est-il donc en retard ? Ou est-ce moi qui suis impatiente ?
Alors, est-il donc en retard ? Ou est-ce moi qui suis impatiente ? Quelques jours plus tard que prévu, ou qu’habituellement, est-ce vraiment là l’essentiel ?

Depuis 2020, nous sommes de plus en plus à nous poser cette question.

Et sans doute que cette question nous traversait d’ores et déjà l’esprit avant.

Mais en 2021, je dois dire que j’entends un nombre croissant de personnes, dans les ateliers que j’anime, exprimer leur besoin de ralentir, d’arrêter cette course effrénée.

De burn-out en perte de sens, de maladies chroniques en maladies graves, il y a bien des raisons de s’interroger.

Contempler, sans urgence
Ainsi, au moment d’entrer au cœur-même de l’été, j’attendrai patiemment que le millepertuis fleurisse. En attendant, je me régale d’ores et déjà à guetter l’éclosion des fleurs d’achillées millefeuilles, ou le feu d’artifice du mélilot au bord des routes et sentiers.

Sans compter que j’ai la chance de démarrer un jardin potager cette année.

Autant dire que les occasions sont multiples de contempler, sans urgence, la croissance de toutes sortes de fleurs, de fruits et de légumes. Parfois, tout semble même aller trop vite !

Une hyperactive en rémission
Je vous partage tout cela, alors que je suis moi-même une hyperactive en rémission. Il m’arrive même encore d’avoir des rechutes, de courir en tous sens, d’arriver en retard, faute d’avoir surchargé le programme.

Mais pas à pas, j’apprends à apprivoiser le ralentissement, je goûte au plaisir d’un fonctionnement à pas de fourmi.

M’appuyant désormais, aussi souvent que possible, sur l’emblématique « tortue cosmique », je m’essaie à expérimenter un autre quotidien.

Et cette expérience m’amène à constater que j’en fais peut-être moins, mais que j’en fais « mieux ». Et que je préfère qu’il en soit ainsi.

Trauma suscité par les injonctions de productivisme et de matérialisme
Dans le documentaire « The Wisdom of Trauma », que j’ai eu la chance de pouvoir visionner ce week-end, le Dr. Gabor Maté pose l’hypothèse d’une société occidentale collectivement traumatisée par les injonctions de productivisme et de matérialisme.

Un trauma qui pousserait nos sociétés à cette frénésie de consumérisme et d’hyperactivité.

Une forme de dépendance qui nous permettrait ainsi d’apaiser la douleur morale de ce traumatisme, ou du moins d’en détourner notre attention.

Je ne sais pas quelles sont vos propres expériences, quelle est votre perception de nos sociétés occidentales, ni comment vous ressentez ces dynamiques.

Mais de mon côté, l’hypothèse évoquée par Gabor Maté me parle complètement.

Ralentir comme un enjeu politique
Bien-sûr, cette prise de conscience d’une nécessité de ralentir date déjà de quelques années.

Un point de départ fondateur a été la première phase de maladie, il y a maintenant 6 ans.

Mais en 2021, je trouve absolument pertinent de regarder ce besoin de ralentir comme un enjeu plus politique, comme une sorte de « manifeste de la tortue », face aux injonctions de performance de nos sociétés.

A titre personnel, en tant qu’indépendante, ce qui a centralement changé en 2020, c’est un sentiment de rupture totale du contrat social, face à la quasi-absence d’aide financière.

Face à ce non-respect, de la part des institutions publiques, ralentir et prendre soin de moi est ainsi désormais devenu une priorité.

Pas juste en « faire moins », mais, vraiment, en « faire mieux »
Mais le comble, dans tout cela, c’est que ralentir ne rapporte pas moins d’argent. Bien au contraire. En plus d’enrichir humainement le quotidien.

Ainsi, ralentir, ce n’est pas juste en « faire moins », mais c’est, vraiment, en « faire mieux ». Aller droit au but, et ne garder que l’essentiel.

Pourtant, « en faire moins » est loin d’être simple : il faut d’abord rompre avec des habitudes souvent bien ancrées. Ensuite, il faut surmonter la culpabilité.

Mais une fois le processus de changement entamé, alors chaque étape de ralentissement apporte une récompense précieuse : le sentiment d’enfin honorer plus pleinement le vivant, prendre le temps de prendre soin – de Soi, des Autres, des choses, des projets.

Profitez-en !
Alors, pour ce solstice d’été 2021, qui a officiellement lieu le 21 juin à 05h31 (en Suisse), je vous souhaite d’honorer le vivant, jour après jour, à votre rythme.

Un peu plus tôt, un peu plus tard, ou pile à l’heure, là n’est pas le plus important.

Plus fondamentalement, à mes yeux, le solstice est l’occasion de fêter le plein déploiement des forces de la nature. L’été bat son plein, alors profitez-en !

8 réflexions sur “”

  1. Isabelle Veillon

    Merci chère Sylvie !
    Ralentir est à remettre à chaque saison sur le métier de nos vies. De récidives en récidives, nos existences se remplissent et s’emballent toujours à nouveau.

    1. Sylvie Ramel

      Chère Isabelle,
      Merci de ces mots partagés.
      Oui, cela demande de la patience, et de la persévérance.
      Je trouve encourageant de savoir le défi partagé.

  2. Coucou,
    Une p’tite phrase (partagée par le psy. chez qui je vais consulter) et que je me remémore en cas de doute :
    “Est-ce que tu as vraiment envie de faire cela ?”
    Si oui, vas-y
    Si non, écoute le ressenti profond, et tout est simplifié
    – Remettre à zéro le “disque interne”
    – DésIntégrer la culpabilité
    – Croire
    Becs à vous***
    Stéphanie

    1. Sylvie Ramel

      Stéphanie,
      Merci de ces mots.
      Oui, il nous faut encore et toujours nous raisonner, aussi bien que nous résonner.
      😉

    1. Sylvie Ramel

      Merci de tes mots!
      Plus le temps passe, plus je réalise à quel point il est précieux de partager aussi, parfois, sur nos difficultés.
      Cela ouvre un espace de partage. Qui n’existait pas tant que j’essayais de ne montrer que le positif, dans une sorte d’optimisme acharné, reflet de ma logique de survie. Nous voulons vivre, et pas juste survivre! N’est-ce pas? Joyeux solstice!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *